J'ai viré Word de mes courriers officiels (et LaTeX est revenu par la petite porte)
Il y a quinze, vingt ans, j'ai essayé LaTeX. Comme tout le monde qui a croisé un mémoire de fin d'études trop bien mis en page. J'ai tenu quelques semaines.
Pas parce que c'était moche. Le rendu était magnifique. J'ai abandonné parce qu'il fallait retenir. \documentclass, les packages, les options, l'ordre des packages, le message d'erreur à la ligne 312 qui parle d'un truc à la ligne 12. Si tu ne l'utilises pas toutes les semaines, tu réapprends tout à chaque fois. Moi je l'utilisais deux fois par an. Donc Word a gagné. Par forfait.
Cette semaine, LaTeX est revenu. Et je n'ai rien eu à retenir.
Le problème : les courriers officiels
Une mise en demeure à laquelle répondre. Une assurance. Un avocat. Une résiliation. Ce genre de courrier, j'en écris un ou deux par semaine en ce moment, pour moi, pour la maison, pour la boîte.
Et à chaque fois c'est le même cirque : ouvrir Word, retrouver le dernier courrier, « enregistrer sous », effacer, retaper l'adresse, l'adresse qui ne tombe pas dans la fenêtre de l'enveloppe, la date en anglais parce que le modèle vient d'un autre Mac. Vingt minutes pour une lettre de dix lignes.
Ce que je veux est simple : j'écris le texte, et il sort un PDF propre. Point.
Ce qui a changé : je décris, l'IA écrit le LaTeX
Le déclic, c'est ça. Le LaTeX, je ne l'écris plus. Je l'ai décrit à mon assistant IA : « lettre officielle belge, adresse à droite pour enveloppe à fenêtre, « Lieu, le date » en haut à droite, Objet en gras, annexes sous la signature, trois expéditeurs possibles ». Il a écrit le modèle. Je l'ai testé, je lui ai dit ce qui clochait, il a corrigé.
Le savoir que je devais retenir il y a vingt ans, je n'en ai plus besoin. Il est dans un fichier, versionné dans mon git. Moi, je n'écris plus que du Markdown.
Je suis prêt à parier que beaucoup d'outils « trop durs à retenir » vont revenir comme ça. LaTeX en premier.
La recette
Trois ingrédients :
- Markdown pour écrire. Un en-tête (destinataire, objet, références), puis le texte.
- pandoc pour convertir le Markdown en LaTeX, avec mon modèle.
- tectonic pour compiler le LaTeX en PDF.
tectonic, c'est la bonne surprise. Un LaTeX complet en un seul binaire de 19 Mo, au lieu des 5 Go de MacTeX. Il télécharge lui-même les paquets dont il a besoin au premier rendu, et c'est tout. Chez moi, après quelques lettres, son cache fait 44 Mo.
brew install pandoc tectonic
Et le modèle de lettre, c'est KOMA-Script avec sa classe scrlttr2, la référence pour les lettres en LaTeX. Avec l'option NF (norme française), l'adresse du destinataire tombe à droite, pile dans la fenêtre des enveloppes belges. Et tectonic sait utiliser les polices installées sur le Mac, ce qui va compter dans deux minutes.
À quoi ressemble un courrier
Un courrier fictif, pour l'exemple. Une résiliation, le grand classique :
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destinataire:
- Ma Belle Box SA
- Service Clients - Résiliations
- Boulevard du Wi-Fi 404
- 1000 Bruxelles
envoi: Par recommandé
objet: "Résiliation de mon abonnement internet n° MBB-2019-0042"
vosref: MBB-2019-0042
annexes:
- Copie de ma carte d'identité
- Dernière facture (septembre 2026)
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Par la présente, je résilie mon abonnement internet et télévision
référencé ci-dessus, avec effet au **31 octobre 2026**.
Je vous remercie de bien vouloir :
1. me confirmer par écrit la date effective de la résiliation ;
2. m'indiquer l'adresse de retour du modem et du décodeur ;
3. clôturer le prélèvement automatique après la dernière facture.
Mon adresse, la date, la formule de politesse, la signature : rien de tout ça dans le fichier. C'est dans un profil d'expéditeur, une fois pour toutes.
Une commande :
courrier resiliation-box.md
Une seconde plus tard (pour l'article, j'ai mis un expéditeur bidon, Jean Dupont, dans l'en-tête) :

Propre. Les repères de pliage dans la marge, la date en français, « Objet : » en gras, les annexes alignées.
Et vieux. Très vieux. J'ai regardé ça deux secondes et j'ai pensé à un mémoire de fin d'études de 1998. C'est exactement le look qui m'avait séduit il y a vingt ans. Sauf qu'on n'est plus il y a vingt ans.
Deuxième rendu : à la DHH
Alors j'ai demandé autre chose. « Plus moderne. À la DHH. » Les lettres de 37signals, en gros : une seule police, le nom en très gros, beaucoup de blanc, rien qui ne serve à rien.
Cinq minutes plus tard :

Avenir Next au lieu de Latin Modern. Mon nom en gras et en grand. Une ligne de contact en gris. Une barre orange, la couleur du blog. L'objet devient un titre. Tout est aligné à gauche, sans coupure de mots. Plus de repères de pliage, plus d'étiquettes « E-mail : ».
Et c'est là que l'IA change tout. Il y a vingt ans, passer du premier rendu au second m'aurait coûté une soirée de forum et trois paquets que je n'aurais jamais retrouvés. Ici, une phrase. Le look classique n'a pas disparu pour autant : une ligne classique: true dans l'en-tête, et il revient.
Trois expéditeurs, zéro copier-coller
À la maison, on n'écrit pas tous au même nom. Il y a moi, il y a ma compagne, il y a la société. Donc trois petits fichiers YAML : l'adresse, le lieu, les formules par défaut, la signature. Pour la société, la signature devient « Gérant » et les mentions légales (BCE, TVA, siège) passent en pied de page, comme sur un vrai papier à en-tête.
Le choix se fait dans le courrier :
de: code79
Et tout ce que j'écris dans l'en-tête du courrier passe par-dessus le profil. « Maître, » au lieu de « Madame, Monsieur, » ? Une ligne.
Le détail qui n'existe que chez moi : je n'ai plus d'encre noire
Vrai problème. La cartouche noire de l'imprimante de la maison est vide, et je refuse de payer le prix d'une cartouche pour trois lettres par mois.
Avec Word, j'aurais sélectionné tout le texte et changé la couleur à la main. À chaque courrier. Ici, c'est une option :
courrier resiliation-box.md --imprimer
Tout le texte passe en bleu foncé, et ça part directement sur l'imprimante. Franchement, sur papier blanc, ça a de l'allure. On dirait un courrier écrit au stylo plume.

Les pièges
1. Le bash de macOS a vingt ans. /bin/bash sur Mac, c'est encore la 3.2. Avec set -u, un tableau vide fait planter le script : extra[@]: unbound variable. La parade : ${extra[@]+"${extra[@]}"}. Illisible, mais ça marche partout.
2. L'en-tête ne doit pas dépasser quatre lignes. Nom, rue, ville, contact. À cinq lignes (avec le site web de la société), l'en-tête descend et chevauche la petite ligne d'adresse retour qui s'affiche dans la fenêtre. J'ai mis le mail et le site sur une seule ligne, et viré les étiquettes « E-mail : » et « URL : » que KOMA ajoute par défaut. Elles faisaient très années 2000.
3. La lettre moderne tenait sur deux pages. Une police plus grande, un interligne plus aéré, et la formule de politesse partait seule en page 2. La première page d'une lettre KOMA a une hauteur de texte fixe à cause de la fenêtre. J'ai remonté le début du texte juste sous l'adresse et passé en 10,5 points. Une page.
4. « Par recommandé » sortait de la page. La norme française place cette mention à droite de la fenêtre, et chez moi elle débordait de la marge. Je ne l'ai vu qu'en générant le courrier de test de cet article. Deux longueurs KOMA à régler, et elle se cale au-dessus de l'adresse. Comme quoi, écrire un article, c'est aussi un test.
Ce que j'y gagne
Mes courriers sont du texte. Ils vont dans git, à côté du reste. Je peux faire un diff entre deux versions d'une lettre à un avocat. Je peux les écrire dans n'importe quel éditeur, sur n'importe quelle machine, sans licence. Et quand je dois en écrire un vite, je dicte l'idée à l'IA, elle me rend le Markdown, je relis, je lance la commande.
Vingt minutes avant. Deux maintenant, relecture comprise.
Il y a vingt ans, LaTeX était un outil pour ceux qui avaient le temps de l'apprendre. Aujourd'hui, c'est un outil pour ceux qui savent ce qu'ils veulent.
Word, lui, reste installé. Pour les fichiers qu'on m'envoie.